Tue. Jan 18th, 2022

Brest, 14/01/2022

Remarks

Seul le texte prononcé fait foi!

Bonjour, bonjour à tout le monde encore une fois. Merci Jean-Yves [Le Drian, ministre des Affaires étrangères de la France] pour l’accueil, ton accueil, l’accueil de la France et pour l’organisation de cette réunion Gymnich qui était couplée avec une réunion des ministres de la défense et ce déjeuner avec nos amis africains. Ça a été un programme complet, deux jours intenses. Il est évident que les menaces russes à la frontière de l’Ukraine et le développement des négociations sur la sécurité en Europe ont été au cœur de nos discussions.

Allow me to continue in English.

The discussions on the European security architecture, as I said, were at the heart of this Gymnich meeting. Most Ministers underlined that we are in a watershed moment, a critical moment that will be a proof for Europe to be able to act as a political actor. The European Union is certainly ready to respond directly to any aggression, but our preference and natural path – according to our nature – is that of dialogue and negotiations.

We agree, in any case, that the present circumstances call for the strongest ever unity and, during our works, we have identified a certain number of key elements as the basis for a strong and united European Union position. Allow me to briefly refer to them.

First, we reject the Russian attempt to build spheres of influence in Europe. There cannot be rewriting of history, nor going back in time.

Second, we reaffirm the major principles underpinning European security. They are defined, notably, by the Helsinki Final Act and the Paris Charter, and we agreed to hold on to them.

Third, we reaffirm our solidarity with Ukraine and the Eastern European countries, which are our partners, which are threatened by Russia, and support existing mechanism for the peaceful resolution of conflicts.

Fourth, we strongly and with determination call on Russia for de-escalation.

Fifth, at the same time that we call for de-escalation and that we call for negotiations and dialogue, we reaffirm our commitment to respond to attacks on Ukraine. Any further military aggression against Ukraine will have massive consequences and severe costs in response. And this includes restrictive measures that will be adopted in coordination with our partners.

Sixth, we have been coordinating with the United States and NATO. We have had an excellent cooperation before and after each meeting. And it is certainly something that has to be thanked for, because, in front of some criticism, we have been very much involved on all this process and the United States has been showing a complete determination to count with us as solid partners.

Seventh, we agreed to further strengthen coordination with the United States, with NATO and to enhance European Union cooperation within the OSCE. Member States have been asking me, as High Representative, to coordinate this relationship, with these three poles of working: with NATO, with the United States and inside the OSCE. And, I have their support for carrying out this task.

Eighth, Member States have been expressing their readiness to engage in strengthening mechanisms to ensure transparency and predictability of any military activity. But also on building confidence-building measures.

Ninth, we also support the relaunch of work on disarmament and arms control. I say support because in some of these issues the European Union does not have competencies, but we support them to happen.

And tenth, we will continue the preparatory work on further sanctions in close cooperation with like-minded partners.

In general, we remain open to dialogue with Russia, but never at the expense of our freedom, sovereignty, independence, and the respect of fundamental values.

I have to say that, unfortunately, we woke up this morning with another attack on Ukraine. This time it was a cyber-attack on government’s websites. Such actions aim at destabilising Ukraine and contribute to the further escalation of the already tense situation. We are in contact with Ukraine, who has reacted very quickly to this attack, and already partially restored functionality of the government’s websites. And we stand ready to provide direct assistance if requested. I convened immediately an emergency meeting of our ambassadors in the format of the Political and Security Committee to analyse the situation and consider any support measures.

Together, all the Ministers, we agreed that we must continue to reaffirm our unequivocal support to Ukraine. We stand strong in our commitment to Ukraine’s sovereignty and territorial integrity. We are ready to send a mission to support them to face cyber-attacks if needed.

The second big issue was Mali. Nous avons continué la discussion que nous avons entamée hier avec les ministres de la défense sur le Mali. Nous partageons tous le même constat. La situation ne va pas dans la bonne direction et la junte ne donne aucun signal positif, au contraire. Mais nous resterons engagés au Sahel et nous voulons rester engagés au Mali. Mais ceci ne se fera pas à n’importe quel prix. Pour cela, nous avons agrée avec les États membres des points suivants : plein soutien et front uni avec la CEDEAO, dont nous saluons une fois de plus le travail. Nous préparons des sanctions contre ceux qui font obstruction à la transition, avec ce que nos chefs d’États et gouvernements ont décidé le mois de mai dernier. Nous maintenons nos activités et nos missions de formation et de conseil aux forces armées et aux forces de sécurité intérieure maliennes. Nous maintenons la suspension de l’appui budgétaire. Au niveau diplomatique, j’ai convoqué une [réunion] ministérielle entre l’Union européenne et les cinq ministres des Affaires étrangères des cinq pays Sahéliens, et ce sera suivi d’une réunion de la coalition Sahel que va convoquer la France.

On a parlé aussi de la Chine, mais je pense que ça serait bien que j’arrête ici et que ce soit mon ami et collègue le ministre français qui puisse compléter l’information sur ces deux points.

[Intervention du ministre français Jean-Yves Le Drian]

Si tu permets, Jean-Yves, je n’ajouterai rien à ton rapport sur la rencontre avec les Africains, parce que tu as tout dit. Le prochain Sommet [UE-Afrique] est une rencontre fondamentale et on l’a bien préparé aujourd’hui, dans un dialogue franc. Il faut bien mettre en avant que les problèmes de l’Afrique sont les problèmes de l’Europe. Nous partageons les mêmes problèmes. Ce n’est pas que nous allons résoudre ou aider à résoudre les problèmes des Africains. Ces problèmes, les problèmes de l’Afrique, ces sont les problèmes de l’Europe. Parfois c’est le revers de la médaille, mais c’est la même chose. Que ce soit [sur la] sécurité, le terrorisme, le changement climatique, la migration. Ces problèmes sont nos problèmes.

Le Conseil a aussi traité de la Chine. Il ne faudrait pas passer outre cela. On a discuté de la Chine, de deux points de vue: nos rapports bilatéraux et le rôle de la Chine et l’influence chinoise dans les organisations internationales.  Il y aura aussi un Sommet Union européenne – Chine, à priori à la fin du mois de mars, ce qui va m’offrir l’opportunité de voyager en Chine pour préparer ce Sommet. Ce sera aussi un Sommet important pour revoir où est-ce que nous en sommes dans nos relations avec la Chine. Il y a des choses qui vont bien, d’autres moins bien.

En particulier, le Conseil a discuté des actions chinoises contre la Lituanie et les effets secondaires que ces actions ont sur d’autres États membres et sur le marché intérieur européen. Les États membres ont exprimé toute leur solidarité avec la Lituanie et ils ont discuté de quelle façon on pourrait activement poursuivre la désescalade dans cette crise.

On a passé en revue le rôle du nouveau Global Development Initiative de la Chine, qui reflète à la fois la volonté chinoise de se projeter dans le monde et le besoin de rester vigilant pour savoir de quelle manière cela touche nos intérêts et notre rôle aussi dans le monde.

Sur l’Iran tu as tout à fait raison, Jean-Yves, je pense qu’on arrive à la fin d’un long processus qui, même si je n’en parle pas tous les jours, me tient très occupé, moi et mes collaborateurs, qui sont à Vienne – pratiquement ils habitent à Vienne depuis quelques mois. Mais l’ambiance est meilleure depuis Noël. Avant Noël, j’étais très pessimiste. Aujourd’hui, je pense qu’il y a une possibilité d’arriver à un accord, je pense qu’il y a une possibilité. C’est vrai qu’il faut accélérer parce que, comme l’a dit le ministre Le Drian, si l’Iran devient une puissance nucléaire, il n’y aurait plus rien à négocier, parce que le but de l’accord c’était d’éviter ça. Il faut quand même rappeler que l’accord marchait bien jusqu’au moment où l’ex-président [des États-Unis, Donald] Trump a décidé de le quitter.

Et, donc, il faut essayer de faire revenir à nouveau les États-Unis dans l’accord et que les Iraniens reviennent aussi à l’accomplissement de l’accord. Et c’est un travail très important et dans les prochaines semaines j’espère avoir l’occasion de vous informer sur le résultat final. Je maintiens encore l’espoir que ce sera possible de revenir à l’accord et de le faire fonctionner comme il fonctionnait avant le retrait américain.

Q&A

J’avais une interrogation par rapport à la cyberattaque ukrainienne, est ce que j’ai bien compris que vous pouviez l’attribuer de façon claire, ou moins claire, à un acteur qui pourrait être un acteur russe, gouvernemental ou non gouvernemental. Je voulais savoir si vous pouviez préciser cet aspect. 

L’attaque cybernétique d’une certaine ampleur contre certains websites de l’administration ukrainienne, en commençant par le siège de la présidence : honnêtement, je n’ai pas de preuve qui puisse me permettre de signaler avec force d’évidence quelqu’un. Pas encore. Vous savez que les attaques cybernétiques sont parfois difficiles à attribuer. On arrive à le savoir, mais pas tout de suite. Je ne peux pas passer au-delà de la logique pour entrer dans l’évidence. Je ne peux pas pointer du doigt quelqu’un, mais on peut très bien imaginer avec une certaine probabilité, ou une marge d’erreur, d’où cela peut venir. En tout cas, l’important c’est que l’Ukraine sait qu’elle peut compter sur notre aide. Ce matin, nous avons décidé de mettre à sa disposition des équipes de spécialistes en cyberdéfense pour qu’on les aide à faire face à des événements comme celui-ci qui, je crains fort, malheureusement, ne sera pas le dernier. On a offert, on est prêts à envoyer dès qu’on nous le demande, les spécialistes de nos Rapid Cyber Groups. Nous les avons. Nous avons un projet PESCO qui justement traite de comment faire face aux cyberattaques. L’Ukraine n’est pas un membre de l’Union européenne donc ne fait pas partie non plus de ces projets mais les États membres concernés sont prêts à déployer les moyens pour venir en aide à l’Ukraine si besoin en est.

Est-ce que vous seriez d’accord pour dire qu’il y a eu, au sortir de cette réunion, un rapprochement de position des 27 sur les questions de sécurité ? Ces positions étaient précédemment assez divergentes, est-ce que vous pensez qu’il y a eu un rapprochement et une prise de conscience commune, à la faveur de la crise en Ukraine, des positions de sécurité des 27? 

Certainement. Ça arrive souvent quand on discute en abstrait, on se permet plus de divergences, que quand on fait face à un problème concret, vous avez une menace à vos portes. Oui, je m’en réjouis, je me réjouis qu’aujourd’hui il y a eu un sentiment d’appartenance beaucoup plus profond que d’habitude. Et une approche de points de vues au-delà de la divergence des détails que chacun a. Je pense qu’aujourd’hui on a bâti l’unité européenne d’une façon très positive vis-à-vis de la volonté de la Russie de faire marche-arrière dans l’histoire et de retourner à un moment où l’Union européenne n’existait pas. Et où il y avait des zones d’influence sur le continent, partagées entre les grandes puissances. Ça c’est l’aspect positif de cet évènement.

Tout d’abord vous demander si vous estimez qu’avec, ce que vous appelez Monsieur le ministre, le “décalogue de Borrell”, on est arrivé au bout de ce que les Européens peuvent déposer comme, disons contreproposition, comme alternative commune. Et si c’est le cas, si ce travail là est effectué, est-ce que vous estimez qu’il est opportun de prendre une initiative directe de l’Union européenne, vis-à-vis de la Russie, sous un format à définir, que ce soit une nouvelle visite de Monsieur Borrell à Moscou ou comme la Chancelière allemande Merkel et le Président Macron l’avaient imaginé un peu à la surprise générale en juin dernier, un nouveau sommet directement avec le Kremlin. Ou bien est-ce que vous estimez collectivement, s’il y a une position commune, qu’on ne discute pas, je dirais, un pistolet sur la tempe ?

Je ne voudrais pas que ça s’appelle “les dix de Borrell”, je préfère “les dix de Brest”. Brest va rester, moi, je vais passer. Si vous voulez, il n’y a rien d’extraordinaire, d’exceptionnel. On ne vient pas de réinventer la roue. Mais je pense que c’est bien de grouper dans un nombre qu’on est habitué à utiliser, les dix, l’ensemble des éléments que nous pensons qu’il faut avoir en tête quand on fait face au problème de la sécurité en Europe. Et j’ai toujours cru qu’avec la Russie il faut dialoguer. J’ai essayé de le faire et je vais continuer à le faire. Bien sûr, le Président [de la France, Emmanuel] Macron et l’ex-Chancelière [de l’Allemagne, Angela] Merkel ont été aussi en faveur du dialogue. Je pense que ce n’est pas contradictoire, la fermeté avec le dialogue. Il faut être ferme dans la défense de ses intérêts et positions, mais en même temps, il faut être ouvert à un dialogue parce que c’est la seule façon d’apaiser les tensions. Et en ce moment on va pratiquer, si possible, ce dialogue. Tout en étant, comme j’ai dit, ferme dans nos positions d’aide et de support à l’Ukraine et notre volonté de défendre des principes qui nous auxquels il nous parait impossible de renoncer.

On ne peut pas faire marche arrière vis-à-vis de l’histoire. C’est-à-dire qu’on ne peut pas réinventer le scenario géopolitique qui a été dépassé par l’existence même de l’Union européenne. Et ça, c’est une occasion aussi pour l’Union européenne d’exister politiquement. Je sais qu’on a eu beaucoup de critiques en disant “oh, mais l’Union européenne n’est pas assise à la table”. Évidemment non, on n’attendait pas y être. On n’a pas demandé d’y être. Si la Russie demande à parler avec les États-Unis et avec l’OTAN, elle parle avec les États-Unis et avec l’OTAN. Mais aussi bien les États-Unis que l’OTAN ont clairement en tête que, s’il s’agit de parler de la sécurité des Européens, de quoi on parle, c’est quelque chose qu’il faut être convenu avec les Européens. Et si les négociations devaient continuer, ce qui, il parait, n’est pas le cas, soyez sûrs que les Européens nous aurions notre part. C’est inconcevable que ce ne soit pas comme ça.

Et je dois dire et je répète que jusqu’à maintenant je suis très satisfait de l’attitude des États-Unis et du Secrétaire général de l’OTAN [Jens Stoltenberg]. C’est évident que la Russie a essayé de nous diviser en passant par-dessus l’Union européenne, comme si nous n’existions pas. En nous ignorant, elle a essayé de nous diviser, de montrer une figure que tout la presse a dit: “ah voilà, l’Europe n’est pas là”, on divise le monde libre, mais les États-Unis n’ont pas joué ce jeu. Au contraire, dès le premier moment, ils nous ont assuré que rien ne serait discuté ni décidé sur l’Europe sans – je répète les mots du Secrétaire d’Etat [des États-Unis, Antony] Blinken – sans “a strong coordination with, and participation of the Europeans”.

Et, certainement, ça a été comme ça. J’ai reçu beaucoup d’appels de Blinken, demain je vais en avoir un autre, beaucoup de mes collègues l’ont fait à tous les niveaux. Il y a eu plus d’une centaine de contacts avant ce sommet avec l’OTAN. Les Russes ont voulu nous diviser, ils n’ont pas réussi. On est un front commun. Autour de la table il y avait celui qui avait été invité à être à la table et s’il y avait d’autres tables pour discuter en profondeur le sujet qui nous touche, notre participation serait évidente. Avant, pendant et après. Mais d’après ce que je sais, il semble que la Russie considère qu’il y a eu une fin de non-recevoir à ses demandes très précises et concrètes et qu’elle ne souhaite pas continuer la discussion. Tant pis, l’important c’est que l’unité du monde libre, du monde occidental – comme on dit -, du rapport transatlantique, de l’Union européenne, de l’union entre Européens, de la vision commune – ce qui s’appelle la culture stratégique commune – en est sortie renforcée.

Lien vers la vidéo : https://audiovisual.ec.europa.eu/en/video/I-216565

Source – EEAS